đïž Conjoncture ImmobiliĂšre RĂ©sidentielle â FĂ©vrier 2026
Prix, volumes, crĂ©dit, neuf, investisseurs : l'Ă©tat exact du marchĂ© immobilier rĂ©sidentiel en France â sans langue de bois.
đ 1. Le mot du mois â Ce quâil faut retenir en 30 secondes
Le marché immobilier résidentiel français entre en février 2026 dans une reprise confirmée mais structurellement fragile.
AprĂšs trois annĂ©es dâune crise profonde chute des volumes, effondrement du crĂ©dit, correction des prix les indicateurs se sont redressĂ©s tout au long de 2025.
Mais soyons clairs : il ne sâagit pas dâun rebond. Il sâagit dâune normalisation Ă bas rĂ©gime, portĂ©e par une demande de rĂ©sidence principale et des primo-accĂ©dants qui reviennent prudemment, dans un contexte oĂč le crĂ©dit remonte lĂ©gĂšrement, oĂč la fiscalitĂ© sâalourdit, et oĂč la politique du logement reste au point mort. La reprise existe. Elle est rĂ©elle. Elle est aussi conditionnelle, fragile et asymĂ©trique selon les territoires.
đ 2. Les prix â Ce que disent vraiment les chiffres
Ă lâĂ©chelle nationale, les prix des logements anciens ont affichĂ© une hausse de +0,7 % sur un an au T3 2025 selon les Notaires de France, avec une dynamique qui sâaccĂ©lĂšre lĂ©gĂšrement : les projections issues des avant-contrats arrĂȘtĂ©es Ă fin fĂ©vrier 2026 anticipent +1,4 % pour les appartements et +0,4 % pour les maisons en glissement annuel. Ce sont des chiffres modestes, proches de lâinflation, et ils mĂ©ritent dâĂȘtre lus sans excĂšs dâoptimisme
.
Les appartements surperforment structurellement les maisons dans ce cycle. En Ăle-de-France, aprĂšs dix trimestres consĂ©cutifs de baisse, les prix des appartements sont repassĂ©s en territoire positif, Ă +1,3 % sur un an au T3 2025, avec Paris Ă +1,9 % aprĂšs avoir touchĂ© un plancher historique Ă 9 540 âŹ/mÂČ environ.
Cette correction parisienne (-10,4 % sur dix ans selon la FNAIM) nâest pas anodine : elle signe la fin dâun cycle dâexception. En petite couronne, les appartements progressent de +1,2 % sur un an. En revanche, les maisons franciliennes restent en territoire nĂ©gatif Ă -1,3 %, signe que le mouvement nâest pas gĂ©nĂ©ralisĂ©.
CĂŽtĂ© grandes mĂ©tropoles, en fĂ©vrier 2026 selon MeilleursAgents et PAP, les prix se situent autour de 9 770 âŹ/mÂČ Ă Paris, 4 550 âŹ/mÂČ Ă Lyon, 4 217 âŹ/mÂČ Ă Bordeaux, 3 521 âŹ/mÂČ Ă Toulouse, 3 593 âŹ/mÂČ Ă Lille, avec des rendements locatifs bruts qui font dĂ©sormais de Toulouse (4,69 %), Lille (4,55 %) et Rennes (4,3 %) les marchĂ©s les plus attractifs pour les investisseurs. Ă lâinverse, des villes comme Saint-Ătienne (-2,8 %), Grenoble (-2,4 %) et Brest (-2,1 %) continuent de corriger, illustration que la reprise nâest pas uniforme sur le territoire.
Ă noter, signal positif inattendu : Strasbourg affiche +8,1 % sur un an, Mulhouse +7,1 %, Caen et Reims +7,4 % chacune â des dynamiques qui traduisent un rééquilibrage vers les villes moyennes amorcĂ© pendant et aprĂšs la pĂ©riode Covid, dont les effets se poursuivent.
đ 3. Les volumes de transactions â Le vrai pouls du marchĂ©
Câest ici que les chiffres parlent le plus fort. Ă fin dĂ©cembre 2025, le volume de transactions de logements anciens sur 12 mois glissants sâĂ©tablit Ă 945 000 selon les Notaires de France, confirmĂ© par la FNAIM Ă 940 000. La progression sur un an est de +11 Ă +12 % par rapport aux 845 000 transactions de 2024, annĂ©e de point bas.
Dit clairement : oui, la reprise est lĂ . Mais ne perdons pas le contexte de vue. Ce volume de 945 000 transactions reste trĂšs infĂ©rieur au pic de 1 230 000 ventes de 2021, soit un Ă©cart de prĂšs de 23 %. On reste surtout sous le seuil psychologique du million, considĂ©rĂ© comme le niveau de croisiĂšre dâun marchĂ© Ă©quilibrĂ©. La FNAIM anticipe pour 2026 une fourchette entre 960 000 et 980 000 transactions, ce qui signifie que le retour Ă 1 million ne sera pas atteint cette annĂ©e. En termes de repĂšre : N-2 (2023) sâĂ©tablissait Ă environ 870 000 transactions, N-3 (2022) Ă plus de 1 100 000. Lâamplitude de la correction en deux ans a Ă©tĂ© historique, et la reconstitution ne se fera pas en quelques trimestres.
đł 4. Le crĂ©dit immobilier â Le nerf de la guerre
Câest le dossier le plus nuancĂ© de ce mois de fĂ©vrier. Dâun cĂŽtĂ©, les chiffres annuels sont incontestables : la Banque de France confirme une production totale de crĂ©dits Ă lâhabitat de 146,5 milliards dâeuros en 2025 (hors renĂ©gociations), soit +33 % sur un an par rapport aux 110 milliards de 2024. En dĂ©cembre 2025, la production mensuelle sâĂ©tablissait encore Ă 12,8 milliards dâeuros, lĂ©gĂšrement au-dessus de la moyenne annuelle de long terme de 12,2 milliards (calculĂ©e depuis 2010). Ces chiffres sont positifs, sans ambiguĂŻtĂ©.
Mais de lâautre cĂŽtĂ©, un signal dâalerte sâest allumĂ© en toute fin dâannĂ©e 2025 et se confirme dĂ©but 2026 : les taux remontent.
LâObservatoire CrĂ©dit Logement/CSA indique un taux moyen de 3,20 % en janvier 2026, contre un point bas autour de 3,06 % entre mars et octobre 2025. LâOAT 10 ans, qui conditionne les marges des banques, oscille entre 3,4 % et 3,6 % dĂ©but 2026.
Meilleurtaux indique des taux moyens qui se maintiennent sous 3,4 % sur 25 ans en février, avec les meilleurs profils accédant à 2,95 % sur 20 ans.
Mais lâObservatoire CrĂ©dit Logement/CSA et lâANIL confirment que la durĂ©e moyenne des prĂȘts atteint son niveau le plus Ă©levĂ© jamais enregistrĂ©, traduisant le besoin des mĂ©nages dâĂ©taler leur effort pour rester solvables.
Le cadre HCSF reste contraignant avec un taux dâeffort plafonnĂ© Ă 35 % et une durĂ©e maximale de 25 ans. RĂ©sultat : lâaccĂšs au crĂ©dit demeure avant tout rĂ©servĂ© aux mĂ©nages les plus solides.
Les primo-accĂ©dants reprĂ©sentent certes 43,2 % des crĂ©dits en 2025 (contre moins de 30 % il y a cinq ans), mais ce sont les primo-accĂ©dants avec apport, avec revenus stables, avec un dossier bĂ©ton. Le crĂ©dit est un moteur qui tourne Ă deux vitesses : il reprend globalement, mais il creuse les inĂ©galitĂ©s dâaccĂšs.
đïž 5. Le neuf â Un secteur Ă part entiĂšre
Le bilan 2025 du logement neuf est résumé en une phrase : les permis progressent, les chantiers ne suivent pas.
Le MinistĂšre du Logement confirme 379 222 permis accordĂ©s en 2025, en hausse de +15 % sur un an signal encourageant sur le volet des autorisations. Mais ce volume reste 8,8 % en deçà de la moyenne des cinq derniĂšres annĂ©es, et les mises en chantier accusent encore un recul de -21,3 % par rapport Ă la moyenne historique 2019-2024. LâĂ©cart entre permis et chantiers nâest pas nouveau mais sâest creusĂ© : les promoteurs obtiennent des autorisations quâils ne lancent pas, faute de visibilitĂ© sur les ventes, faute de financement, faute de solvabilitĂ© de la clientĂšle.
Le gouvernement a lancĂ© en janvier-fĂ©vrier 2026 son plan âRelance logementâ avec un objectif affichĂ© de 2 millions de logements Ă construire dâici 2030, soit un rythme cible de 400 000 logements neufs par an, contre environ 300 000 aujourdâhui.
Ce plan inclut un nouveau dispositif fiscal par amortissement (dit âJeanbrunâ) pour les investisseurs bailleurs, avec des taux de rĂ©duction de 3,5 % Ă 4,5 % par an selon le niveau de loyer pratiquĂ©. Les intentions sont claires. Mais entre les objectifs affichĂ©s et la rĂ©alitĂ© opĂ©rationnelle du terrain, lâhistoire rĂ©cente du secteur incite Ă beaucoup de prudence. Les municipales de 2026 gĂšlent traditionnellement les dĂ©cisions locales dâurbanisme. Ce ne sera pas diffĂ©rent cette annĂ©e.
đĄïž 6. Le baromĂštre des acteurs â Acheteurs, vendeurs, investisseurs
La configuration du marchĂ© en fĂ©vrier 2026 est celle dâun marchĂ© dâutilisateurs, selon la formule employĂ©e par les Notaires de France eux-mĂȘmes. Ce sont les mĂ©nages qui achĂštent pour se loger pas pour investir qui constituent le moteur de la reprise. Le signal le plus notable est le retour des primo-accĂ©dants, qui portent dĂ©sormais 43 % de la production de crĂ©dit : une proportion inĂ©dite depuis au moins dix ans.
Du cĂŽtĂ© des vendeurs, la dynamique sâest assainie. Les marges de nĂ©gociation, qui avaient grimpĂ© jusquâĂ 5-7 % dans certaines zones lors du point bas de 2023-2024, se sont rĂ©duites. Les vendeurs ont globalement intĂ©grĂ© les corrections de prix, les dĂ©lais de vente se stabilisent, et les transactions se fluidifient. Cela dit, dans les villes encore en correction (Saint-Ătienne, Grenoble, Brest), les tensions restent prĂ©sentes.
Les investisseurs locatifs privés, eux, restent en retrait.
Le diagnostic est sĂ©vĂšre et partagĂ© par la FNAIM : la superposition des contraintes rĂ©glementaires (encadrement des loyers, DPE, interdictions progressives de location des passoires thermiques), dâune fiscalitĂ© lourde et instable (99 milliards dâeuros de fiscalitĂ© immobiliĂšre en 2024, taxe fonciĂšre en hausse de +20 % en trois ans), et dâune rĂ©forme du statut du bailleur privĂ© qui tarde dissuade structurellement lâinvestissement locatif privĂ©.
Le nouveau dispositif Jeanbrun pourrait changer la donne à terme mais il est trop récent pour avoir produit des effets mesurables à ce stade
.
â ïž 7. Les risques et signaux faibles â Ce quâon ne dit pas assez
Plusieurs risques mĂ©ritent dâĂȘtre nommĂ©s clairement.
Premier risque : le rebond des taux de crĂ©dit. LâOAT 10 ans qui se stabilise autour de 3,2 % ne laisse pas de marges aux banques pour baisser leurs taux. Si lâOAT devait remonter par exemple sous lâeffet dâune dĂ©gradation des finances publiques françaises ou dâune rĂ©surgence inflationniste les taux immobiliers suivraient mĂ©caniquement, cassant net la dynamique de reprise.
DeuxiĂšme risque : la hausse des DMTO (droits de mutation). DiscrĂšte mais rĂ©elle, la hausse des droits de mutation Ă titre onĂ©reux, appliquĂ©e par la majoritĂ© des dĂ©partements en 2025, a augmentĂ© le coĂ»t total de lâacquisition. La FNAIM lâidentifie explicitement comme un frein Ă la reprise. Ce renchĂ©rissement du âticket dâentrĂ©eâ pĂ©nalise en premier lieu les mĂ©nages les moins dotĂ©s en apport.
TroisiĂšme risque : la pĂ©nurie de lâoffre locative. Lâoffre de logements Ă louer se contracte dans les zones tendues. Des bailleurs qui sortent du marchĂ© (DPE, contraintes, fiscalitĂ©), câest moins de logements disponibles, câest une pression Ă la hausse sur les loyers, et finalement des mĂ©nages captifs de la location qui ne peuvent pas accĂ©der Ă la propriĂ©tĂ©.
QuatriĂšme risque : le calendrier Ă©lectoral. Les municipales de mars 2026 puis la prĂ©sidentielle de 2027 crĂ©ent un environnement dâattentisme politique structurel. Les dĂ©cisions structurantes sur le logement rĂ©forme fiscale, PLU, ZAN, PTZ Ă©largi â sont diffĂ©rĂ©es. Ce vide dĂ©cisionnel est un risque en soi.
â 8. Les points positifs â Les signaux encourageants
Soyons honnĂȘtes : il en existe et ils sont significatifs.
La production de crĂ©dit Ă +33 % en 2025 est un signal majeur de retour de la demande solvable. Les 945 000 transactions sont au plus haut depuis le creux de 2024. Les prix se stabilisent sans sâemballer, ce qui prĂ©serve la solvabilitĂ© des acquĂ©reurs. Le retour des primo-accĂ©dants Ă 43 % des crĂ©dits est structurellement sain câest le signe que lâascenseur rĂ©sidentiel reprend du service, mĂȘme lentement.
Le lancement du plan âRelance logementâ avec son objectif de 2 millions de logements Ă horizon 2030 envoie un signal de volontarisme public attendu depuis longtemps.
Le nouveau dispositif Jeanbrun pour les investisseurs bailleurs constitue une réponse imparfaite mais réelle au vide laissé par la fin du Pinel.
La hausse de +15 % des permis de construire en 2025, bien quâinsuffisante, indique que le bas du cycle des autorisations est derriĂšre nous. Enfin, des villes comme Strasbourg, Mulhouse, Caen ou Reims affichent des dynamiques de prix trĂšs solides, prouvant que certains marchĂ©s rĂ©gionaux ont rĂ©ussi Ă se rĂ©inventer.
đ 9. Perspectives â Ce qui pourrait changer dans les 3 prochains mois
Les trois prochains mois seront dĂ©cisifs sur plusieurs fronts. La BCE a ramenĂ© son taux de dĂ©pĂŽt Ă 2 % en juin 2025 et nâa pas bougĂ© depuis. La prochaine rĂ©union de politique monĂ©taire sera scrutĂ©e : tout signal de baisse supplĂ©mentaire des taux directeurs dĂ©tendrait lâOAT et permettrait aux banques de relĂącher leur grille tarifaire. Ă lâinverse, une pause prolongĂ©e maintient la pression sur les taux longs.
La publication des donnĂ©es T4 2025 par les Notaires de France, attendue au printemps 2026, donnera une lecture prĂ©cise des tendances de fin dâannĂ©e notamment sur les prix et les volumes en province. Les projections des avant-contrats de fĂ©vrier 2026 (+1,4 % sur les appartements, +0,4 % sur les maisons) donnent dĂ©jĂ une orientation, mais les chiffres dĂ©finitifs seront les seuls Ă trancher.
LâentrĂ©e en vigueur effective du dispositif Jeanbrun et ses premiers retours terrain dĂ©termineront si les investisseurs locatifs rĂ©pondent prĂ©sents ou restent attentistes. Enfin, les Ă©lections municipales de mars 2026 reprĂ©sentent un temps mort pour la construction neuve mais les semaines qui suivront diront si les nouveaux maires sont prĂȘts Ă dĂ©bloquer des projets ou Ă reconduire lâattentisme ambiant.
đ 10. En rĂ©sumĂ© La synthĂšse en 5 lignes
Le marché immobilier résidentiel français amorce en février 2026 sa convalescence, pas sa guérison.
945 000 transactions, +33 % de production de crédit, prix stables voire en légÚre hausse : les indicateurs sont au vert, mais le vert est pùle.
La reprise est rĂ©elle, portĂ©e par les rĂ©sidents principaux et les primo-accĂ©dants, mais bridĂ©e par des taux qui remontent, une fiscalitĂ© record, une offre locative en repli et une politique du logement encore en pointillĂ©s. Le neuf reste sinistrĂ© malgrĂ© le plan âRelance logementâ Ă 2 millions dâunitĂ©s dâici 2030. On est sorti du creux, mais on nâest pas sorti de la crise.
Sources mobilisĂ©es et croisĂ©es : Notaires de France (note de conjoncture T3 2025 + avant-contrats fĂ©vrier 2026), FNAIM (bilan annuel 2025, confĂ©rence de presse 14 janvier 2026), Observatoire CrĂ©dit Logement/CSA (janvier 2026), Banque de France (statistiques crĂ©dit habitat dĂ©cembre 2025), MinistĂšre du Logement/CGDD (donnĂ©es construction dĂ©cembre 2025), MeilleursAgents, PAP (prix au mÂČ fĂ©vrier 2026), ANIL (phase dâĂ©quilibre T1 2026, 17 fĂ©vrier 2026), info.gouv.fr (plan Relance logement, 23 janvier 2026).
















