Le Brief Terrain: Août 2026 · N°01
La pige s’arrête, mais le mandat peut devenir juridiquement nul
LE MARCHÉ EN 5 CHIFFRES
Juillet n’a pas confirmé une reprise : davantage de biens cherchent preneur, mais les compromis se fragilisent.
Prix : 9 661 €/m² à Paris, soit −0,41 % par rapport à juillet et +1,67 % sur un an.
Ce prix est une estimation au 1er août, pas un prix acté : il signale surtout que la remontée parisienne reste trop faible pour absorber le renchérissement du crédit (CAFPI–Meilleurs Agents).
Volumes : 949 000 transactions sur douze mois à fin mai, contre 941 000 à fin avril, soit +0,9 % sur un mois et +5,7 % sur un an.
Le compteur annuel remonte, mais ce rétroviseur intègre encore la reprise de 2025 : il ne décrit pas le ralentissement des compromis signé depuis mars (Notaires de France).
Crédit : 3,16 % sur 15 ans, 3,31 % sur 20 ans et 3,43 % sur 25 ans, soit −1, 0 et +1 point de base par rapport à juillet, mais +17, +17 et +16 points de base sur un an.
La stabilité mensuelle est réelle ; l’amélioration annuelle ne l’est pas. Un acquéreur qui attend une forte détente des taux parie contre les données disponibles (CAFPI août 2026).
Délai : 93 jours chez Foncia, contre 92 jours en début d’année et environ trois mois au premier semestre 2026.
Aucune série mensuelle nationale homogène n’a été publiée pour comparer juin et juillet : affirmer un retournement mensuel serait fabriquer une précision inexistante (Foncia).
Stock : +5 % de mandats de vente au premier semestre chez Foncia, alors que les transactions de son réseau reculent de 7 % sur un an.
La variation M‑1 n’est pas fournie. Le signal exploitable est ailleurs : l’offre s’accumule plus vite que les ventes, ce qui réduit progressivement le pouvoir de négociation des vendeurs.
CE QUE LA PRESSE A MAL COMPRIS
Les 949 000 ventes ne prouvent pas que “le marché repart” : elles additionnent douze mois passés.
La note notariale publiée en juillet mesure les actes authentiques sur douze mois à fin mai.
Le bilan Foncia publié le 8 juillet mesure, lui, les compromis du premier semestre : −7 %, avec −16 % en mai, −11 % en juin et +11 % d’annulations.
Ces données ne se contredisent pas. Elles ne regardent ni le même stade de la transaction, ni la même profondeur temporelle. Les actes de mai proviennent souvent de compromis signés plusieurs mois auparavant.
Le signal avancé n’est donc pas 949 000.
C’est la combinaison stock +5 %, compromis −7 % et annulations +11 %.
Elle annonce un marché encore actif, mais beaucoup moins tolérant envers les prix optimistes et les dossiers de financement fragiles.
LE CAS DU MOIS
Le problème de fond
Quand la SAFER décide de préempter (racheter en priorité) un terrain agricole, elle doit notifier personnellement sa décision aux acquéreurs évincés. C’est cette notification qui fait démarrer le délai de 6 mois pour contester en justice.
Les faits
Ce qui s’est passé
Un vendeur avait promis le même terrain à deux acheteurs
La SAFER décide de préempter et envoie sa lettre officielle à l’adresse indiquée dans les papiers
Problème : les lettres reviennent, non distribuées (« défaut d’accès ou d’adressage »)
Mais les acheteurs finissent par apprendre la préemption autrement : en discutant avec la SAFER elle-même et avec un agent immobilier
Ils attendent, puis vont en justice
La cour d’appel leur dit : « trop tard, vous étiez au courant, donc le délai de 6 mois a couru quand même »
Ce que dit la Cour de cassation (9 juillet 2026)
Elle casse cette décision. Son message est clair : le fait de savoir par un autre biais ne remplace pas la notification officielle. Même si vous êtes informé par un coup de fil, un email, un agent immobilier... si la lettre recommandée officielle n’a jamais pu être distribuée, le délai de recours ne démarre pas.
Autrement dit : ce qui compte juridiquement, ce n’est pas « est-ce que la personne savait ? » mais « est-ce que la notification légale a été correctement présentée à la bonne adresse ? »
La conséquence pratique (le “livrable”)
Pour un professionnel de l’immobilier cela veut dire :
Il faut relever une adresse postale complète et exacte dès le mandat
La faire reconfirmer par écrit dès qu’une procédure de préemption s’engage
Ne jamais laisser penser qu’un simple email d’information de l’agence vaut notification légale
Garder toutes les preuves d’envoi (enveloppe retournée, avis de passage) car c’est ça qui fait foi, pas le contenu de la lettre
En clair : un agent immobilier qui informe son client n’est pas un notificateur légal, et cette confusion peut faire perdre son droit de recours au client si l’adresse officielle était mauvaise.
LE MÉCANISME DU MOIS : PROTÉGER
Depuis le 11 août, un numéro trouvé sur une annonce n’est plus un prospect appelable : sans consentement prouvé, la pige téléphonique devient un passif.
Le déclencheur
Le décret n°2026-662 du 23 juillet 2026 fixe le formalisme applicable au nouveau régime de prospection téléphonique.
La réforme entre en vigueur le 11 août 2026 et remplace la logique Bloctel par une interdiction générale, sauf consentement préalable ou appel lié à un contrat en cours.
Le mécanisme
Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable. Une case précochée, des conditions générales ou la simple poursuite d’une navigation ne suffisent pas.
La demande doit identifier le professionnel, la nature du service proposé, la période de consentement, un an maximum et les modalités de retrait. Aucun renouvellement tacite n’est permis.
La preuve doit conserver le formulaire, sa version, la date et l’heure du consentement. Ces justificatifs sont archivés numériquement pendant trois ans et communiqués gratuitement au consommateur s’il les demande.
Vous ne pouvez pas appeler un particulier pour lui demander l’autorisation de l’appeler. Le consentement doit exister avant le premier appel.
La parade : checklist
Bloquez dans le CRM tout numéro sans origine et sans preuve horodatée.
Séparez « demande d’estimation » et « consentement à la prospection téléphonique ».
Conservez la version exacte du formulaire acceptée par le prospect.
Ajoutez une date d’expiration automatique, limitée à un an.
Rendez le retrait possible oralement et par un moyen écrit simple.
Purgez immédiatement les listes achetées dont le fournisseur ne livre pas la preuve individualisée.
Le livrable : consentement à copier
☐ « J’accepte d’être contacté par téléphone par [raison sociale], pour des services d’estimation, de vente ou de recherche immobilière, jusqu’au [date douze mois maximum]. Je peux retirer mon consentement à tout moment par téléphone au [numéro] ou par courriel à [adresse]. Je peux demander gratuitement la preuve de mon consentement sur un support durable. La politique de confidentialité est accessible ici : [lien]. »
Laissez la case décochée. Enregistrez l’horodatage, la source et la version du texte. Bloctel cesse d’être le filtre central, mais les obligations RGPD d’information, de minimisation et de respect du retrait demeurent.
L’ARGUMENT DU MOIS
L’acquéreur attentiste n’a pas besoin d’une prévision de taux.
Il doit voir ce que son attente lui coûte déjà.
« Vous attendez une baisse des taux, mais regardons ce qui s’est réellement passé.
En août, les taux obtenus sont de 3,16 % sur 15 ans, 3,31 % sur 20 ans et 3,43 % sur 25 ans.
Ils sont presque stables depuis juillet, mais supérieurs d’environ 16 à 17 points de base à ceux d’août dernier.
À Marseille, la hausse du prix au mètre carré et le crédit plus cher ont retiré 3,05 m² de capacité d’achat en un an.
À Bordeaux, la baisse des prix a compensé le crédit et rendu seulement 0,44 m².
Attendre ne vous garantit donc ni un meilleur taux ni un prix inférieur.
Je vous propose de fixer aujourd’hui votre mensualité maximale et votre prix plafond.
Nous conditionnerons toute offre à l’obtention du financement défini avec votre banque ou votre courtier.
Vous ne pariez pas sur le marché, vous achetez uniquement si le dossier tient. »
Objection : « Les taux vont sûrement baisser à la rentrée. »
Peut-être, mais aucune donnée vérifiée ne garantit cette baisse. Une renégociation future reste envisageable ; un bien vendu ou une hausse de prix ne se rattrape pas.
Objection : « Je préfère attendre que les vendeurs craquent. »
Le stock progresse, mais les prix nationaux ne corrigent pas uniformément. Négociez le bien surévalué maintenant ; n’attendez pas une baisse générale qui pourrait ne jamais atteindre le micro-marché visé.
Le mandataire peut présenter des données et sécuriser la condition suspensive.
Il ne recommande ni crédit ni montage financier sans statut IOBSP.
LA CARTE DES ÉCARTS
Le crédit a retiré environ 1,7 % d’enveloppe en un an.
Seules les villes dont les prix baissent davantage rendent réellement du pouvoir d’achat.
Le croisement des taux CAFPI et des prix Meilleurs Agents évite une erreur classique : confondre baisse du prix au mètre carré et amélioration de la capacité d’achat.
À Bordeaux, le prix passe de 4 458 à 4 343 €/m², soit −2,58 %.
Malgré la dégradation du financement, la surface achetable avec une mensualité de 1 000 € sur 25 ans progresse de 45,93 à 46,37 m² : +0,44 m².
À Marseille, le prix passe de 3 495 à 3 626 €/m², soit +3,75 %. La surface finançable recule simultanément de 58,58 à 55,53 m² : −3,05 m², ou −5,20 %.
Le seuil à surveiller n’est donc pas « les prix baissent-ils ? », mais « baissent-ils d’au moins 1,7 % pour neutraliser la perte liée au crédit ? ».
En dessous, l’acquéreur reste perdant malgré une baisse faciale.
Ce que vous en faites cette semaine
Calculez ce seuil sur trois communes de votre portefeuille.
Utilisez-le en R1 pour séparer une vraie décote d’une baisse simplement cosmétique.
LES 3 RISQUES DU MOIS
Trois textes de juillet imposent de refaire un document, de changer un bail ou de réviser un loyer sans extrapoler.
1. ERP devenu obsolète avant six mois.
Depuis le 1er juillet, la nouvelle carte du retrait-gonflement des argiles couvre 55 % du territoire métropolitain et 12,1 millions de maisons.
Un ERP établi avant le reclassement peut devoir être refait. Son absence peut permettre une diminution du prix ou la résolution du contrat (Géorisques). Régénérez l’ERP avant chaque promesse, acte ou bail.
2. Ancien modèle de bail après le 1er octobre. Le décret n°2026-596 du 6 juillet impose notamment une clause résolutoire à six semaines pour les contrats conclus ou renouvelés à compter du 1er octobre.
À 900 € mensuels, six semaines représentent 1 350 € de loyers hors charges. Remplacez vos modèles ; ne réécrivez pas automatiquement les baux en cours.
3. IRL appliqué sans clause ou trop tard.
L’IRL du deuxième trimestre atteint 148,37, soit +1,15 % sur un an (INSEE).
Sur 800 € hors charges, la hausse maximale représente 9,20 € par mois, soit 110,40 € par an.
Vérifiez la clause, le trimestre de référence et la date anniversaire avant tout avis d’échéance.
Le mandataire informe sur le texte applicable.
Il ne délivre pas de stratégie fiscale ni de consultation juridique individualisée hors de son mandat.
3 ACTIONS + AGENDA
Nettoyez la prospection, refaites les ERP touchés et remplacez les modèles de bail avant qu’un dossier ne serve de test.
Suspendez toute pige téléphonique sans consentement horodaté et archivé.
Régénérez les ERP antérieurs au nouveau zonage RGA pour les dossiers non signés.
Chargez dès maintenant le contrat type applicable aux baux conclus ou renouvelés en octobre.
11 août 2026 : Entrée en vigueur du consentement préalable au démarchage téléphonique.
30 septembre 2026 : Échéance de déclaration des consommations 2025 sur OPERAT pour les bâtiments tertiaires assujettis.
1er octobre 2026 : Nouveau contrat type pour les locations nues, meublées et colocations à bail unique.








