Ascenseurs en copropriété : la fin du 2G menace 290 000 appareils
La disparition programmée des réseaux 2G, 3G et du réseau téléphonique fixe (RTC) force les copropriétés à moderniser d’urgence leurs systèmes d’alerte. Un nouveau décret fixe des obligations strictes
Un parc vieillissant face à une rupture technologique
La France compte environ 650 000 ascenseurs, dont plus d’un tiers en copropriété. Ce parc est l’un des plus anciens d’Europe : près de la moitié a plus de 25 ans, un quart dépasse les 40 ans.
Depuis la loi Urbanisme et Habitat de 2003, tout ascenseur doit être équipé d’une téléalarme permettant à une personne bloquée d’alerter un service d’intervention 24h/24. Au fil du temps, ces dispositifs ont migré des lignes filaires (RTC) vers les réseaux mobiles.
Résultat : la très grande majorité des systèmes installés aujourd’hui communiquent en 2G ou en 3G deux réseaux condamnés à disparaître.
Qui éteint quoi, et quand ?
Les opérateurs télécoms ont acté leur calendrier de fermeture :
Orange : extinction de la 2G fin 2025, de la 3G fin 2028
SFR : extinction de la 2G en 2026, de la 3G fin 2028
Bouygues Telecom : extinction de la 2G en 2026, de la 3G fin 2029
À cela s’ajoute la fermeture du réseau téléphonique commuté fixe (RTC), qu’Orange prévoit d’achever d’ici fin 2027. Les ascenseurs les plus anciens, encore raccordés à des lignes analogiques, sont donc doublement exposés.
Cette décision des opérateurs, prise sans concertation avec le secteur ascensoriste, a pris la filière de court. La Fédération des ascenseurs a demandé un report d’au moins deux ans, sans succès.
Ce que le décret du 4 mars 2026 impose
Signé par le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, le décret n° 2026-166 (JO du 6 mars 2026) structure les obligations entre trois acteurs : propriétaires, ascensoristes et contrôleurs techniques.
Depuis le 1er avril 2026, les ascensoristes doivent :
Vérifier le bon fonctionnement des moyens d’alerte toutes les six semaines
Informer le syndicat par lettre recommandée avec accusé de réception dès lors que des travaux sont nécessaires
Renouveler cette alerte au moins tous les six mois tant que les travaux n’ont pas été réalisés
Les propriétaires et syndics doivent quant à eux intégrer le remplacement des équipements 2G/3G/RTC dans les opérations d’entretien occasionnelles et inscrire ces dépenses au budget prévisionnel.
À compter du 15 mai 2026, le contrôle technique quinquennal devra explicitement attester de la compatibilité des systèmes d’alerte avec les réseaux actuels et non plus ceux voués à disparaître.
290 000 systèmes à moderniser, moins de 20 000 techniciens disponibles
Les chiffres publiés par la Fédération des ascenseurs donnent la mesure du défi : 232 000 appareils communiquent encore en 2G, et 58 000 en 3G, soit près de 290 000 systèmes à moderniser d’ici 2028-2029. C’est près d’un ascenseur sur deux.
Face à ce volume, le secteur ne dispose que de 17 000 à 20 000 techniciens spécialisés un chiffre souligné par l’UNPI comme insuffisant pour absorber la demande. Le risque d’engorgement massif est réel, avec à la clé des délais allongés et des coûts en hausse mécanique.
Le constat de terrain est déjà préoccupant. Le directeur commercial de Schindler France résumait la situation : les professionnels alertent leurs clients depuis plus d’un an, mais la majorité n’a pas encore pris les décisions nécessaires. Les votes en assemblée générale obligatoires pour ce type de dépense sont souvent longs à obtenir.
Coûts, responsabilités : ce que les copropriétés ont à perdre
Le coût de modernisation oscille entre 800 et 1 500 € par ascenseur pour un simple remplacement du boîtier GSM (passage vers la 4G ou le VoLTE). Ce montant peut grimper à plusieurs milliers d’euros si des reprises d’alimentation ou un remplacement complet du système s’imposent.
Mais le coût direct n’est que la partie visible. En cas de non-conformité de la téléalarme, l’ascenseur doit être mis à l’arrêt immédiat c’est une obligation légale, pas une option. Le propriétaire ou le syndic s’expose alors à une amende et, en cas d’accident, à une mise en cause de sa responsabilité civile. Certains mainteneurs ont d’ores et déjà annoncé qu’ils débrancheraient les installations incapables de garantir l’appel d’urgence.
Pour les personnes âgées ou à mobilité réduite, une mise à l’arrêt prolongée peut signifier une incapacité totale à quitter leur logement. Un risque humain que l’UNPI a fortement mis en avant.
Un registre national des ascenseurs en préparation
Dans le cadre d’une réponse ministérielle publiée au Journal officiel de l’Assemblée nationale (n° 9759, 3 mars 2026), le gouvernement a confirmé la création d’un registre national d’identification des ascenseurs. Cet outil vise à répertorier l’ensemble du parc, améliorer la connaissance de son état et mieux cibler les actions de mise en conformité.
L’un des problèmes majeurs identifiés reste la méconnaissance généralisée du sujet, aussi bien du côté des copropriétaires que des bailleurs sociaux ces derniers accusant un retard préoccupant dans les décisions de travaux.
Ce qu’il faut faire maintenant
La fenêtre d’action se rétrécit. Les syndics et conseils syndicaux doivent agir sur plusieurs fronts :
Diagnostiquer — Demander par écrit à l’ascensoriste l’état précis du système de téléalarme (réseau utilisé, matériel, compatibilité). En cas de doute, exiger un audit technique avec devis détaillé.
Voter les travaux — Inscrire le sujet à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale. Prioriser les immeubles où résident des personnes âgées ou à mobilité réduite.
Provisionner le budget — Intégrer la dépense au budget prévisionnel ou au fonds de travaux (loi ALUR). Une migration planifiée coûte toujours moins cher qu’une intervention en urgence.
Vérifier le contrat d’entretien — S’assurer qu’il intègre bien les nouvelles clauses réglementaires (vérification toutes les 6 semaines, alerte par LRAR).
Ne pas attendre le contrôle quinquennal — La mise en conformité doit précéder le contrôle. Exiger une attestation de conformité après les travaux.
La France a choisi des délais bien plus courts que la moyenne européenne environ sept ans dans d’autres pays pour gérer cette transition. Anticiper est désormais la seule stratégie raisonnable.
Voici une version corrigée et reformulée, dans un style direct et professionnel adapté à Substack :
Mon avis
Cette situation me rappelle étrangement celle du DPE. À chaque grande réforme réglementaire, on observe le même schéma : des obligations ambitieuses sur le papier, des délais théoriquement tenables et une réalité de terrain qui n’a pas grand-chose à voir avec les projections ministérielles.
290 000 systèmes à moderniser, moins de 20 000 techniciens disponibles, des copropriétés encore largement dans l’ignorance du problème : les conditions d’un embouteillage sont réunies. Ceux qui décident des calendriers ne sont manifestement pas ceux qui devront gérer les files d’attente chez les ascensoristes, convoquer des assemblées générales en urgence ou expliquer aux résidents pourquoi leur ascenseur est à l’arrêt.
Comme pour le DPE, la théorie est propre, la pratique sera chaotique. Et comme toujours, ce sont les copropriétaires et en premier lieu les plus vulnérables d’entre eux qui en paieront le prix.
Dites-moi si vous voulez ajuster le ton — plus incisif, plus mesuré, ou autre chose.
Sources : Décret n° 2026-166 du 04.03.2026 et arrêté du 04.03.2026 (JO du 06.03.2026) — Fédération des ascenseurs — UNPI — Réponse ministérielle n° 9759, JOAN du 03.03.2026 — Informations Rapides de la Copropriété (n° 716, mars 2026) — Service-Public.fr — KONE France — Capital / CNews.



